E-reporting : ce que la réforme change vraiment pour votre pilotage de trésorerie
Quand on parle de la réforme de la facturation électronique, l’attention se porte presque toujours sur le même sujet : les factures B2B entre entreprises françaises, leur format structuré, leur transmission via plateforme agréée. C’est la partie la plus visible de la réforme, mais ce n’est pas toute la réforme.
L’e-reporting concerne une autre partie de votre activité, souvent moins suivie dans le détail : vos ventes aux particuliers, vos transactions avec l’étranger, tous les flux qui ne donnent pas lieu à une facture électronique B2B classique. Et c’est précisément parce que ces flux sont moins structurés aujourd’hui que l’e-reporting peut changer quelque chose à votre pilotage de trésorerie, parce qu’il vous oblige à mettre de l’ordre là où il y en avait peu.
Qu’est-ce que l’e-reporting et quels flux de trésorerie concerne-t-il ?
L’e-reporting s’applique aux transactions qui ne rentrent pas dans le cadre de la facturation électronique B2B France. Dans la pratique, cela couvre principalement :
- Les ventes aux particuliers (B2C) : un commerce qui facture des consommateurs, par exemple, n’émet pas de facture électronique B2B pour chaque vente, mais doit transmettre les données de ces transactions à l’administration selon le format et la fréquence définis par l’e-reporting.
- Les transactions avec des opérateurs étrangers : ventes à l’export, achats auprès de fournisseurs hors de France, qui échappent au périmètre strict de la facture électronique B2B nationale.
Pour une entreprise qui vend uniquement à d’autres entreprises françaises, l’e-reporting peut sembler marginal. Mais dès qu’une partie de l’activité touche au B2C ou à l’international, ce qui est le cas de la majorité des PME et ETI, ces flux représentent souvent une part significative du chiffre d’affaires, et c’est justement la partie la moins outillée.
Pourquoi le suivi de trésorerie B2C et export échappe aux outils classiques
Le B2C est rarement suivi facture par facture
Contrairement aux transactions B2B, où chaque facture est identifiée, suivie, éventuellement relancée, les ventes B2C sont souvent agrégées, un chiffre d’affaires journalier, un total de caisse, un export de plateforme de paiement. C’est suffisant pour la comptabilité générale, mais cela donne peu de visibilité sur les flux de paiement réels : délais d’encaissement des moyens de paiement, rejets, remboursements.
L’international ajoute des devises, des délais, et des intermédiaires
Une vente à l’export implique souvent des délais de paiement plus longs, des frais bancaires, des conversions de devises, et parfois des intermédiaires (banques correspondantes, plateformes de paiement internationales) qui ajoutent de l’incertitude sur la date réelle d’encaissement. Ces flux sont souvent suivis “à part”, avec moins de granularité que les flux domestiques B2B.
Le DAF ou credit manager pilote ce qu’il voit et voit surtout le B2B
Les outils de pilotage du poste client sont historiquement construits autour de la facture B2B : échéance, relance, encours par client. Les flux B2C et internationaux, eux, sont souvent traités dans d’autres systèmes (caisse, plateforme e-commerce, comptabilité analytique export), déconnectés du pilotage du poste client au sens strict.
CHIFFRE CLÉ
13,6 jours de retard moyen en France au T4 2024
Un chiffre qui s'alourdit encore sur les flux internationaux, où les intermédiaires bancaires et les conversions de devises allongent les délais réels d'encaissement. Sans suivi centralisé, ces retards s'accumulent invisiblement et pèsent lourd sur votre trésorerie.
Source : Observatoire des délais de paiement, rapport 2024 - Banque de France.Comment l’e-reporting aide le logiciel de recouvrement à mieux piloter le cash
L’obligation réglementaire impose de transmettre des données structurées sur ces flux à l’administration. Mais une fois que ces données existent sous une forme structurée, montants, dates, devises, modes de paiement, rien n’empêche de les exploiter aussi pour son propre pilotage.
Une vision consolidée de l’ensemble des encaissements attendus
Plutôt que de raisonner uniquement sur l’encours B2B identifié facture par facture, il devient possible d’avoir une vision plus complète : ce qui doit rentrer via le B2B classique, mais aussi ce qui est attendu côté B2C (délais de règlement des moyens de paiement, par exemple) et côté international (délais de virement, conversions).
Une meilleure anticipation des écarts de change et de délai
Pour les entreprises avec une activité export significative, structurer le suivi de ces flux permet d’anticiper plus précisément l’impact des délais de paiement internationaux et des variations de devises sur la trésorerie prévisionnelle, plutôt que de le découvrir au moment du rapprochement bancaire.
Une donnée homogène, quel que soit le canal de vente
Aujourd’hui, une entreprise qui vend en B2B, en B2C et à l’export jongle souvent avec trois logiques de suivi différentes. La structuration imposée par l’e-reporting est une occasion de rapprocher ces logiques, non pas en fusionnant des systèmes, mais en disposant enfin de données comparables sur l’ensemble des canaux.
Moderniser sa gestion des impayés et son pilotage financier avant la réforme
La réforme va nécessiter, pour beaucoup d’entreprises, de revoir comment les données de ces transactions sont collectées et transmises, souvent via les plateformes de paiement, les caisses, ou les outils e-commerce déjà en place, qui devront eux-mêmes se mettre en conformité.
Le vrai sujet pour les équipes financières n’est donc pas seulement “comment transmettre ces données à l’administration”, mais “qui, dans l’entreprise, a aujourd’hui une vision de ces flux, et est-ce que cette vision est connectée au pilotage de trésorerie global ?” Si la réponse est non, l’e-reporting est l’occasion de poser cette question, avant que l’échéance réglementaire ne la pose pour vous.
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Une donnée structurée, qu’elle vienne de la facturation électronique ou de l’e-reporting, n’a de valeur que si elle nourrit un pilotage actif de votre suivi de trésorerie et de votre gestion des impayés
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FAQ – E-reporting et pilotage de trésorerie
Quelle est la différence entre facturation électronique et e-reporting ?
La facturation électronique concerne les transactions B2B entre entreprises françaises assujetties à la TVA, avec émission d’une facture structurée transmise via une plateforme agréée. L’e-reporting concerne les transactions qui ne génèrent pas ce type de facture, ventes aux particuliers (B2C) et transactions avec des opérateurs étrangers, pour lesquelles les données doivent être transmises à l’administration sans transiter par le même canal.
Mon entreprise vend uniquement en B2B France, suis-je concerné par l’e-reporting ?
Si l’intégralité de votre activité est en B2B avec des entreprises françaises assujetties à la TVA, l’e-reporting vous concerne peu directement. Dès qu’une partie de votre activité touche au B2C ou à l’international, ces flux entrent dans le périmètre de l’e-reporting.
L’e-reporting va-t-il changer la façon dont je suis payé par mes clients à l’international ?
L’e-reporting ne modifie pas directement les délais ou modes de paiement internationaux. Mais en structurant les données de ces transactions, il peut faciliter leur suivi et leur intégration dans un pilotage de trésorerie global, ce qui était souvent plus difficile auparavant.
Comment préparer mes équipes à l’e-reporting sans tout bouleverser ?
La première étape consiste à identifier qui, aujourd’hui, suit les flux B2C et internationaux, et sous quelle forme. La réforme impose une structuration de ces données, c’est l’occasion de connecter cette information au pilotage du poste client existant, plutôt que de la conserver dans un système isolé
Rédigé par :

Charles Plasse
Co-fondateur et Directeur Associé de CashNow
Charles Plasse est co-fondateur et Directeur Associé de CashNow, FinTech spécialisée dans la gestion du poste client et le recouvrement. Avant de créer CashNow en 2013, il a exercé pendant plusieurs années comme consultant Cash & Working Capital au sein de cabinets de référence, EY, Deloitte et Eight Advisory, aux côtés de grandes entreprises. Il accompagne aujourd’hui les PME et ETI dans l’optimisation de leur DSO et la structuration de leurs processus de recouvrement.


